| La Maison de Chateaubriand |
Un haut lieu du romantisme dans les Hauts-de-Seine
Sur les pas de l'Enchanteur
"Ce lieu me plaît ; il a remplacé pour moi les champs paternels ; je l'ai payé de mes rêves et de mes veilles..." (Chateaubriand, Mémoires d'outre-tombe)
Maison de Chateaubriand - CG92 / Jean-Luc Dolmaire
La Maison de Chateaubriand est un des trois musées départementaux du conseil général des Hauts-de-Seine avec le musée Albert-Kahn et le musée de l’Île-de-France. Située à quelques kilomètres de Paris, la Vallée-aux-Loups offre à Chateaubriand en 1807 une demeure à l’écart de la scène politique qu’il quitte pour un temps après avoir publié dans le Mercure de France un article fustigeant le despotisme de Napoléon qui lui vaut la sanction de s’éloigner de la capitale. En novembre 1807, l’auteur s’installe avec son épouse Céleste dans ce qui n’est alors qu’une maison de jardinier, à laquelle il donnera une empreinte toute personnelle qui en fait aujourd’hui une maison d’écrivain singulière, fortement marquée de la présence de l’auteur. Si c’est à Combourg que Chateaubriand dit être devenu ce qu’il est, la Vallée-aux-Loups est indéniablement l’autre lieu emblématique lié à la mémoire de l’écrivain. C’est là en effet que s’exprime toute la dimension de l’homme, à la fois écrivain, homme politique, voyageur et botaniste. Incessamment pris entre les feux d’une carrière politique contrariée et d’une vie littéraire féconde, Chateaubriand trouva là un « petit désert » où apaiser son amertume de ne pouvoir occuper sur la scène politique de son temps la place qu’il espérait. C’est là aussi qu’il écrivit quelques-uns de ses ouvrages majeurs et commença la rédaction des futurs Mémoires d’outre-tombe. Enfin, aménageant lui-même maison et parc, il fit de la Vallée-aux-Loups la demeure d’un voyageur immobile vivant au milieu des souvenirs des pays parcourus, disant les patries spirituelles de l’homme comme les correspondances intimes entre nature et lieu de vie et de création. La Maison de Chateaubriand invite à ce voyage immobile au cœur du romantisme, sur les pas de l’Enchanteur...

EN SAVOIR PLUS
/ À LIRE
Pierre Riberette, « La Vallée-aux-Loups. Son histoire – ses légendes », article publié dans le Bulletin de la Société Chateaubriand, n° 24, 1981, pp. 25-35 (PDF, 93 ko)
La Vallée-aux-Loups avant Chateaubriand
Vue du château de Sceaux prise dans l'éloignement en face du côté de Châtenay - gravure - coll. Société Chateaubriand - MDC
Acheté au XVIIe siècle par Colbert, déjà propriétaire à Sceaux où il avait fait élever le château, le hameau d'Aulnay est acquis en 1699 par le duc du Maine, fils aîné de Louis XIV et de Mme de Montespan.
C'est sur ce hameau qu'en 1783 André-Arnoult Acloque achète une pièce de terre d'une quinzaine d'arpents (7 000 m²), plantée de châtaigniers. Il y fait construire une maison – le corps principal de la Maison actuelle, celui où vécut Chateaubriand –, un potager, un verger et un pavillon (la future Tour Velléda).
Rachetée dix années plus tard par un médecin, la demeure passe ensuite entre les maisons d'une dizaine de propriétaires successifs.
Chateaubriand à la Vallée-aux-Loups : entre nature et écriture
Tour Velléda - gravure - coll. Société Chateaubriand - MDC
C’est le 22 août 1807 que Chateaubriand et son épouse Céleste acquièrent leur propriété située près du hameau d'Aulnay. Ayant publié dans le Mercure de France du 4 juillet 1807 un article hostile au régime napoléonien, l’auteur a en effet été contraint de s’éloigner de Paris. Il achète donc cette modeste chaumière, « maison de jardinier, cachée parmi des collines couvertes de bois. Le terrain inégal et sablonneux dépendant de cette maison n’était qu’un verger sauvage au bout duquel se trouvait une ravine et un taillis de châtaigniers. Cet étroit espace me parut propre à renfermer mes longues espérances… » (Mémoires d’outre-tombe). Il enrichit la maison d’un portique soutenu par deux cariatides de marbre blanc et, au rez-de-chaussée, d’un escalier à double branche qui pourrait provenir d’un brick anglais. L’auteur passera là dix années, entre nature et écriture. Il agrémente en effet le parc d’arbres lui rappelant sa Bretagne natale et ses voyages à travers le monde : cèdre du Liban, cyprès chauve de Louisiane, marronnier d’Inde... Dans la Tour Velléda, il écrit les Martyrs (1809), l’Itinéraire de Paris à Jérusalem (1811), les Aventures du dernier Abencérage (1826), et surtout commence l’une de ses œuvres majeures dont la rédaction durera plus de trente ans, les Mémoires d’outre-tombe.
Des successeurs illustres
L'aile Montmorency - CG92 / Olivier Ravoire
À la Restauration, Chateaubriand est radié de la liste des ministres d’État à la suite de la publication de son pamphlet De la monarchie selon la Charte (1816). Il est contraint de vendre d’abord sa bibliothèque, puis sa propriété en 1818. Après l’échec d’une mise en loterie, c’est le duc Mathieu de Montmorency qui devient propriétaire en juillet 1818. Il augmente la Maison d’une aile troubadour et d’une chapelle, et reçoit en ces lieux Juliette Récamier. À sa mort (1826), la duchesse de Montmorency laisse la propriété à sa fille, qui avait épousé Sosthènes de La Rochefoucauld-Doudeauville (père). Plus de trente ans plus tard, la propriété passe à Sosthènes de La Rochefoucauld-Doudeauville fils, qui y adjoint une seconde aile et acquiert le bois de la Cave. En 1895, Sosthènes cède la propriété à son fils, Armand de La Rochefoucauld-Doudeauville, duc de Bisaccia, qui meurt en 1908.
La Vallée-aux-Loups au XXe siècle : entre histoire et mémoire
Le Dr Le Savoureux et son épouse Lydie Plekhanov - Société Chateaubriand
En 1914, le docteur Le Savoureux, médecin aliéniste, achète la propriété et y crée une maison de repos. Fervent chateaubriandiste, il crée à la Vallée-aux-Loups, en 1930, la Société Chateaubriand et constitue un important fonds (livres et gravures) consacré à l’écrivain. Avec son épouse Lydie Plekhanov, elle-même médecin, il accueille un salon littéraire où se rencontrent écrivains et artistes : Félix Fénéon, Henri de Régnier, Julien Benda, Paul Valéry, Paul Léautaud (qui mourra à la Vallée-aux-Loups en 1956), Édouard Herriot, la poétesse Anna de Noailles, Jean Paulhan, la princesse Bibesco, le peintre Jean Fautrier, Saint-Exupéry, etc. C’est au docteur Le Savoureux que l’on doit le classement du site de la Vallée-aux-Loups (2 octobre 1939). Les bâtiments et le parc seront classés aux Monuments historiques en 1978. Après le décès de Mme Le Savoureux, le Conseil général des Hauts-de-Seine rachète la propriété (1967) et procède à d’importants travaux de restauration, recréant l’atmosphère romantique d’une demeure du XIXe siècle. La Maison ouvre au public en juin 1987.
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